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Patricia Bosworthick Turcot – Pionnière de la politique au féminin

Turcot

Patricia Bosworthick Turcot, 1966.

En 1964, il y a 50 ans cette année, Patricia Bosworthick Turcot se présentait à la mairie de Pincourt. Elle devenait la première femme de Vaudreuil-Soulanges à briguer un suffrage.

Au début de la décennie 1960, les femmes devaient faire preuve de caractère pour s’imposer sur la scène publique. Celles qui souhaitaient s’engager dans la communauté se joignaient principalement à des organismes de charité ou à des regroupements de nature pastorale.

Toutefois, dès 1964, les choses changent sur le plan juridique, entraînant un changement dans les mentalités. En effet, le projet de loi 16 est adopté de manière à réconcilier le statut juridique des femmes avec la réalité qu’elles vivent depuis longtemps. Avant l’adoption de ce projet de loi, les femmes étaient en pratique considérées comme des mineures devant la loi. Le Code civil persistait à nier à la femme mariée plusieurs droits reconnus aux hommes.

Ainsi, l’adoption du projet de loi 16 met fin à cet état de fait et reconnaît l’égalité juridique des époux, en plus du droit des femmes à exercer des responsabilités civiles ou financières qui leur étaient interdites jusqu’alors.

Passer à l’action

Dès l’entrée en vigueur du projet de loi 16, des femmes décideront de faire le saut en politique. À Pincourt, Patricia Bosworthick Turcot sera du nombre, devenant la première femme de Vaudreuil-Soulanges à solliciter la confiance des citoyens.

À l’époque, le journal L’Écho avait fait grand cas de cette candidature. Dans la livraison du 22 avril 1964, on lit : « Une veuve de 40 ans annonce son intention de briguer les suffrages à la mairie de Pincourt ». Il est intéressant de noter que le journaliste a précisé, dès le titre de l’article, le statut de veuve de la candidate. Un tel titre serait étonnant, voire déplacé, aujourd’hui. Ce détail, qui sera répété dans de nombreux articles sur la candidate, illustre la réserve qui persiste de voir une femme mariée solliciter un poste public.

Une situation particulière

Non seulement Patricia Bosworthick Turcot est la première femme à se présenter à la mairie, mais elle s’avère également la première adversaire du maire Val D’Ambrosio, élu par acclamation et en poste depuis sept ans.

Le parcours sera particulièrement ardu pour la Pincourtoise, puisque le maire Val D’Ambrosio n’était pas reconnu pour son tact ou sa délicatesse. Au mois d’octobre, Patricia Bosworthick Turcot fera parvenir une lettre au conseil municipal de Pincourt, dénonçant les agissements du maire à son endroit. Ce dernier aurait mis en scène une manigance visant à montrer qu’elle recevait de l’aide sociale de la Ville de Pincourt, pour la discréditer.

Dans sa lettre, elle écrit : « Je demande des excuses et je les accepterai du conseil comme une marque de confiance en ne permettant plus de telles utilisations de documents personnels pour salir le nom de mes enfants et le mien ou celui de n’importe qui alors que ces documents doivent être bien gardés par les responsables de notre municipalité. »

Tout au long de la campagne, Patricia Bosworthick Turcot tiendra tête au maire D’Ambrosio, soulevant les problèmes de son administration. Toutefois, lors des élections de novembre, ce sera le maire D’Ambrosio qui obtiendra la faveur des électeurs. La candidate sera cependant élue au poste d’échevin.

Coup de théâtre

Malheureusement, moins de deux ans après l’élection, Patricia Bosworthick Turcot démissionne de son poste d’échevin. Le manque d’ouverture et de collaboration du maire D’Ambrosio et des conseillers en sont la principale cause. Dans sa lettre de démission, elle écrit : « Un an à la table du conseil a permis de démontrer qu’il est inutile de changer le conseil si vous ne changez pas le maire. Je n’ai trouvé aucune base de coopération avec lui qui aurait pu faire bénéficier la municipalité. Il semble que seulement ma soumission complète lui donnerait satisfaction. Cette soumission, pour lui, serait que je rétracte mes déclarations faites contre son administration. Je laisse la table du conseil en gardant mes principes non corrompus, mais avec une confiance bouleversée en mes confrères en administration. »

L’expérience de Patricia Bosworthick Turcot, quoique très houleuse, a ouvert la voie aux femmes qui, plus tard, souhaiteront prendre part à la vie politique de leur collectivité. En cette Journée internationale de la femme, rendons hommage à cette pionnière d’ici.

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