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La Béfana : Une histoire de Noël italienne

sorciere_91067114_wbMarie Gallo de Montigny est une auteure coteaulacoise d’origine italienne. Elle a accepté de partager l’un de ses précieux souvenirs de Noël avec nos lecteurs. Voici son conte sur une légende qui vient de son pays de naissance.

J’aimerais partager une histoire de Noël, une légende venue d’un autre pays, un souvenir de mon enfance.
Avant de vivre au Québec, ma famille habitait en Italie. Un pays plein de soleil, d’histoires et de légendes. Nous étions du sud – la Calabre – où il y a beaucoup de montagnes, et les petits villages éparpillés sur les hauteurs vivaient presque isolés les uns des autres. Il y fait chaud toute l’année, donc pas de neige pour Noël, et, dans le temps où j’y vivais, pas de télévision, de voitures, de téléphone ou d’électricité.
Ma grand-mère faisait la cuisine dans un gigantesque foyer en pierres qui réchauffait aussi la maison quand les soirées étaient plus fraîches. Alors quand Noël approchait, tout le monde était fébrile, vous pensez bien, car les familles se retrouvaient, échangeaient des présents, mangeaient beaucoup et le soir, racontaient des histoires et de vieilles légendes. Une période magique qui durait une semaine, jusqu’au Jour de l’An.
Nous ne connaissions pas le père Noël, ni la belle fée des étoiles, chez nous, c’était une vieille sorcière un peu folle, pas méchante, mais elle nous faisait un peu peur quand même. On l’appelait « La béfana » avec un grand nez, une longue cape noire, des souliers usés, elle portait deux sacs sur son dos, le premier plein de cadeaux pour les enfants gentils et l’autre plein de morceaux de charbon vous devinez bien à qui ils étaient destinés. Elle se déplaçait sur son balai magique pour les longues distances et à dos d’âne sur les chemins de terre et de cailloux. Dans nos vieux bas accrochés sur la cheminée, nous trouvions surtout des oranges, du nougat, des bonbons, parfois des vêtements neufs et même une fois j’ai eu un petit tambourin. C’était merveilleux.

Nous allions à la messe de minuit et à la longue procession aux chandelles qui suivait. Au retour, le miracle s’était produit, la table dressée pleine de nourriture savoureuse, de fruits, de desserts, de sucreries, le feu de bois et les lanternes faisaient de cette nuit magique, une occasion exceptionnelle qui ne se vivait qu’une fois l’an. La béfana était passée, nous avions nos cadeaux et nous étions heureux. L’harmonica de mon père et l’accordéon d’un oncle nous faisaient danser, chanter et crier de plaisir.
J’avoue que des fois je regrette le temps où la technologie d’aujourd’hui n’existait pas, cela permettait aux gens de se rapprocher, de se parler, de s’aimer plus simplement. Bien sûr les temps ont bien changé aussi et mon petit hameau est devenu une belle ville aussi moderne que chez nous. Il faut aller de l’avant et, comme le dit le vieil adage, « Le passé est un lieu de référence, pas de résidence » mais dans mon cœur j’ai gardé le souvenir d’une gentille sorcière qui a enchanté mon enfance et pour laquelle nous chantions :
La befana vien di notte
Con le scarpe tutte rotte
Col cappello alla romana
Viva viva la Befana!
Ai bambinis piccolinis
Lascia tanti ciaccolatini
Ai bambinis cativonis
Lascia cénére e carboni

Traduction libre :

La Befana vient la nuit
Avec ses chaussures toutes cassées
Avec son chapeau à la romaine
Viva viva la Befana!
Pour les enfants gentils
Laisse beaucoup de chocolats
Pour les enfants moins sages
Laisse cendres et charbons

Marie Gallo De Montigny

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